Psycho-sociologie des débats et pédagogie de l’argumentation

Compte rendu de la journée

Le séminaire débute par un tour de table.
Samuel Szoniecky présente quelques éléments de son parcours : un DEA en Histoire de l’Art et des travaux de développement informatique, ce qui fonde son intérêt pour les Digital Humanities (DH) ; sa thèse sur L’intelligence collective et les langages symboliques, son intérêt pour les allégories et les analogies avec le vivant (mode d’existence), ce qui l’amène actuellement à poursuivre des travaux sur les écosystèmes de connaissances et sur les modèles et méthodes d’analyse de l’information, en utilisant la métaphore du jardin.
Il présente ensuite le laboratoire de recherche Paragraphe, dont il est membre. Ce laboratoire accueille des techniciens, développeurs informatiques, des chercheurs en SHS, des psychologues, des ergonomes, des artistes. Il est focalisé sur les Sciences de l’Information-Communication (SIC), les SHS et les DH.

Catherine Dessinges poursuit les présentations : MCF en SIC à l’Université Lyon III – Jean Moulin, elle est plutôt située dans le volet des sciences de la communication au sein des SIC. Elle travaille sur la sociologie des médias, notamment sur l’analyse de discours médiatiques, avec des corpus de presse et audiovisuels. Elle travaille donc aussi sur la sociologie des publics, sur leur interprétation des objets médiatiques. De plus elle étudie les évolutions des pratiques de consommation audiovisuelle et les mutations des institutions médiatiques. Elle s’intéresse à la fabrique du discours médiatique, en utilisant des archives également.
Lors d’un séjour professionnel aux USA, à La Nouvelle Orléans, elle a travaillé sur l’analyse des discours politiques dans une série TV produite par HBO, à travers l’analyse des discours sur la période historique post-Katerina en lien avec la reconstruction, suite à cet événement climatique. Sur ce terrain, elle a étudié les minorités raciales, les référents culturels et la réception de la série dans le tissu local social et culturel.
Elle évoque ses travaux avec JP Esquenazi, sur la saturation de l’information : dans ce cadre, une des questions révélées à travers ce travail consiste à s’interroger le rôle de relai du réseau social local : ce réseau social est-il le relai parce que l’information est médiatisée ?
Samuel Szoniecky rebondit en évoquant l’étude des registres d’interprétation, et sur ce point il cite les travaux de J.J. Bouteau sur « La sémiologie du sensible », mais également l’ethnométhodologie, et la psychanalyse, qui peuvent constituer des approches intéressantes dans ce projet. Il mentionne la thèse de Laurence KAS qui s’oriente autour des mêmes objets en lien avec le téléphone mobile.
En résumé, il s’agit concernant les travaux de C. Dessinges d’étudier :
1) les conditions de production des discours médiatiques ;
2) la réception et l’interprétation de ces discours, et l’évolution des pratiques de consommation, notamment avec le développement des plateformes de type Netflix.

Orélie Desfriches Doria qui connait les deux autres intervenants ne se présente pas.

L’atelier se poursuit par la présentation de travaux qu’Orélie Desfriches Doria et Catherine Dessinges mènent ensemble. Il s’agit d’une étude critique des discours médiatiques portant sur la controverse sur le sujet : « Les jeunes et les écrans ».

Objectif à moyen terme
Construire un web doc qui permettra de naviguer à travers une analyse critique du discours médiatique, entre analyse sémiotique et argumentative.
La thématique du webdoc tourne autour de l’énoncé suivant « les jeunes et les écrans, les risques et opportunités », avec des outils comme Racontr, ou Klynt, le webdoc étant vu comme la dernière étape du programme.
Des questions se posent sur la continuité, les méthodes, les cartographies, et lanavigation dans le futur webdoc.

Préambule
Critique des discours portés par les médias : il s’agit d’une à travers cette étude d’une remise en cause des sources utilisées par les médias qui contribuent à la passion dans les débats sur des sujets qui touchent une grande partie de la population, et qui pourrait avoir pour effet une confiscation du débat, une manière à travers la mobilisation des affects et de l’émotion, d’empêcher la tenue du débat, en considérant qu’une fois que les gens ont peur, ils ne pourraient plus être dans l’échange d’arguments rationnels, plus être dans le débat.
Cela constitue surtout une hypothèse de travail, il reste à travailler à travailler la méthodologie appropriée pour démontrer cet effet éventuel des affects sur la rationalité dans les débats.
Une des questions est aussi de s’interroger sur « comment vulgariser sans simplifier ? »
Il y a une tension entre sources médiatiques d’une part, et sources de recherches et institutionnelles, d’autre part.
Sous forme d’hypothèse :
H1 : plus un média est grand public, plus la vision des écrans est anxiogène
H2 : plus le discours est institutionnel moins ce discours anxiogène est relayé, au profit plutôt de propositions sur « comment s’approprier la culture numérique ? », en termes notamment de compétences.

Voici deux cartographies de ce travail :
La première présente l’état de la controverse.

La seconde présente le réseau de citations par les acteurs médiatiques.

Les échanges et les réactions suivent la présentation détaillée de ces cartes.
Samuel Szoniecky replace ce travail dans le cadre des travaux d’Yves Citton sur la culture de l’interprétation, ce qui est vu comme important n’est pas toujours la vérité :
"déplacer le questionnement du terrain des "connaissances" vers celui des "interprétations pourrait à juste titre passer pour le geste politique par excellence, celui par lequel on questionne non pas la "vérité" d'une connaissance mais son "importance", non pas son contenu mais le cadrage des pratiques qui conditionnent son statut et ses utilisations possibles." p. 30
Citton, Y., 2010. L’avenir des humanités  : Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation  ? Editions La Découverte, Paris.

Comment la connaissance influe sur l’interprétation ? Ce mouvement d’interprétation est vu comme un geste politique.
Ce travail est accompli de manière qualitative et sera complémenté d’une analyse avec un outil logiciel d’analyse et de détection de tendance (Calliope), ce travail est en cours.

Ici des ressources en lien avec les discussions qui ont suivi :

Revue sur les dangers de l’écran :
https://www.cairn.info/revue-l-ecole-des-parents-2017-4.htm

Sur les indicateurs citoyens :
https://www.cairn.info/revue-francaise-de-socio-economie-2017-2-page-47.htm

Compte rendu de lecture Controverse et Communication :
http://journals.openedition.org/lectures/19580